COMMENT CONCILIER LA LÉGITIME VOLONTÉ DE PROGRESSER DANS SA VIE ET LA GESTION DU
RISQUE QUI NOUS CONDUIT À ALLER AU-DELÀ DU RAISONNABLE ? EN PORTANT TOUTE SON ATTENTION SUR LES POINTS SUIVANTS.
Par Angela Olivier

 

Marie Portelance, thérapeute en relation d’aide, raconte: «J’ai vécu longtemps sans même sentir que j’avais des limites dans certaines relations affectives ou au travail. Pour moi, c’était normal de tout supporter, de faire des choses à l’infini pour les autres, ou de tolérer ce qui m’apparaît aujourd’hui comme intolérable.
Aujourd’hui, je sais que c’est moi qui n’ai pas pris la responsabilité de protéger mon coeur, ma dignité, mon énergie et mon temps. Je n’ai pas agi avec bienveillance envers moi-même, je n’ai pas assumé mon rôle de gardien de mon espace.
Quand j’ai voulu changer la donne de départ dans ces relations, j’ai fait face à des résistances de toutes sortes. J’ai eu très peur de perdre l’amour et la reconnaissance en affirmant mes limites et en y tenant. La réalité est que je n’ai pas perdu à chaque fois, au contraire.
À ma grande surprise d’ailleurs. Et dans les relations avec les personnes qui ont accepté avec amour de respecter mes limites, j’ai gagné beaucoup de liberté, de sécurité affective, parce que je sais que je suis aimée. J’ai gagné respect et considération». Si on veut faire comme elle, voici par où commencer.

1. Être bienveillante avec soi-même
Nous sommes beaucoup plus exigeantes avec nous-mêmes qu’avec les autres. Souvent, alors que nous sommes déjà complètement épuisées, nous essayons d’être encore plus efficaces. Pourquoi ne pas se dire : «D’accord, je suis complètement débordée avec cette rentrée scolaire ou par ce nouveau job, ce n’est pas du tout simple de trouver le bon rythme. Cela ne veut pas dire que je suis devenue nulle, je dois juste prendre de nouvelles marques. Si cela implique moins de disponibilité dans mon travail ou une maison moins bien rangée, ce n’est pas si grave».

2. Limiter sa culpabilité
Souvent, nous nous fixons des objectifs très ambitieux, voire trop, pour échapper à la culpabilité ou à d’autres sentiments négatifs. La perfection devient alors un refuge afin de ne pas nous confronter avec cette terrible vérité : nous ne sommes pas un être parfait. Séraphine s’était promis de ne pas laisser son fils à la garderie la semaine de la rentrée. Son patron vient de lui confier un dossier urgent et important. Pour ne pas culpabiliser en tant que mère ou en tant que salariée, elle accepte les deux contraintes pourtant inconciliables. Admettre que la culpabilité est inévitable nous donne la possibilité de choisir ce qui est vraiment important pour nous. Contrairement à ce que nous pouvons penser, nous allons gagner en efficacité et en calme.

3. S’accorder le droit de se tromper
«Choisir donc exclure», affirmait Bergson. Pour certaines d’entre nous, faire face à plusieurs possibilités est un véritable drame. Par crainte psychologique de se tromper, nous remettons la décision à plus tard. Mais ne pas décider, c’est se confronter à une impossibilité de le faire ultérieurement, le temps, lui, étant une limite objective. Cette tendance est liée au perfectionnisme. Prendre conscience de sa peur de mal faire et la relativiser, c’est déjà se donner les moyens de faire un choix. Pour Séraphine, laisser le petit Paul à la garderie ne fera pas d’elle une mauvaise mère. Expliquer à son patron qu’elle ne peut assumer la tâche qu’il souhaite lui confier ne lui vaudra pas une sanction.

4. Vivre le moment présent
Vouloir toujours se dépasser conduit à se projeter dans le futur. Pour ne pas perdre pied, essayons de faire les choses quand elles se présentent, en prenant conscience de ce qui se passe dans notre tête et notre corps. En en profitant au maximum. Même quand nous sommes contraintes à des tâches peu engageantes (remplir des formulaires administratifs par exemple), être attentive à ce que nous faisons nous permet d’en venir à bout plus rapidement. Et s’accorder une récompense, en faisant quelque chose qui nous plaît vraiment. Cela permet aussi d’apprendre à dire non à des choses qui ne sont ni justes pour nous, ni agréables.

5. Se faire confiance
L’une des causes les plus fréquentes d’un dérapage dans la recherche du «mieux», c’est d’écouter les conseils des autres, même et surtout s’ils sont bienveillants. Parce qu’ils nous conduisent à nous identifier à une image idéale d’une partie de nous, telle qu’elle est perçue, et qui, bien souvent, colle à des stéréotypes : la mère, la femme, la maîtresse, la collaboratrice «idéale». S’opposer aux préjugés n’est pas chose simple mais cela vaut parfois le coup. Apprenons à écouter cette petite voix intérieure qui nous connaît bien mieux que tous les autres. Ce qui vaut pour eux n’est pas forcément valable pour nous. Les questions à se poser ? «Est-ce que c’est juste et utile pour moi ? Est-ce exactement ce que je veux ?». Et nous seules connaissons la réponse.

 

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