Avancer dans la vie est toujours un équilibre délicat. D’un côté, nous avons envie de progresser, de faire mieux, dans tous les domaines, personnel, social, professionnel. En un mot, de «dépasser nos limites», une invitation impérieuse que l’on entend de plus en plus souvent.Et, de l’autre, nous ne voulons pas aller trop loin, jusqu’au tristement célèbre burn-out, ou au point de blesser ceux qui nous entourent.
Délicat, c’est bien le mot, et fragile. Car cet équilibre n’est évidemment pas gravé dans le marbre. Il évolue, en fonction de nos besoins, de nos envies, de nos objectifs. Et nous ne sommes pas toujours les mieux armées pour savoir à quoi nous en tenir… Convaincues parfois que rien ne nous est impossible et effrayées à d’autres moments par des obstacles que nous nous inventons nous-mêmes.
Entre nos véritables limites, physiques ou mentales, les contraintes de notre environnement et ces croyances que nous trimballons souvent depuis notre enfance, il est parfois difficile de faire le tri. C’est pourtant indispensable si l’on veut être réellement capable de se dépasser sans se mettre en danger.
Par alexandra fournier

Savoir quand il faut s’arrêter

DANS LA VIE PROFESSIONNELLE, DANS LES SALLES DE SPORT ET MÊME DANS NOS RELATIONS, ON NOUS INVITE CONSTAMMENT À NOUS DÉPASSER. MAIS À TOUJOURS ALLER PLUS LOIN, NE RISQUE-T-ON PAS D’ALLER TROP LOIN ? LA QUESTION MÉRITE D’ÊTRE POSÉE.
Propos recueillis par Clémentine Samuel

Repousser les limites. C’est la promesse d’un sport tendance, le Crossfit. Une discipline mêlant la gymnastique, l’haltérophilie et l’athlétisme, avec comme objectif de faire travailler toutes les parties du corps. Mais aussi, en enchaînant burpees, push-up, squats, truster et autres exercices aux noms barbares, pour sortir de sa zone de confort, se dépasser, mentalement d’abord, physiquement ensuite. Pourquoi pas. Mais comme dit un proverbe, «les baobabs ne grimpent pas jusqu’au ciel». Et la multiplication des syndromes d’épuisement professionnel, le nom officiel du fameux burn-out, montre que cette recherche permanente de performance n’est pas sans conséquences. Des risques physiques et psychologiques, à commencer par une boursouflure de l’ego, nourrie par un sentiment de supériorité et le mépris pour tout ceux qui n’ont pas la capacité à atteindre les sommets.

Le courage d’admettre
Il n’est pas nécessaire d’en arriver à de telles extrémités pour se rendre compte que nous avons toutes des limites physiques, intellectuelles, mentales. Les connaître, c’est pouvoir dire quels actes on est capables de commettre ou subir, et ceux dont on n’est pas capables. C’est un processus rationnel et objectif. Mais notre environnement professionnel, social, familial, affectif… a du mal à le reconnaître. On se fait rarement féliciter parce qu’on a refusé des heures supplémentaires ou fait 8 heures de route pour participer à une cousinade. Alors qu’il s’agit de la manifestation du respect que l’on se porte à soi-même, ces actions nous valent jugements, reproches, colère et chantage affectif. Et inversement, c’est quand nous repoussons ces fameuses limites que nous récoltons des compliments. «C’est merveilleux, tout ce que tu fais…». Et comme nous avons toutes besoin d’être aimées, nous continuons.
Par crainte de perdre la reconnaissance de son patron, Stéphanie accepte tous les dossiers à rendre dans l’urgence, les réunions de fin de journée et les mails le week-end, auxquels il faut répondre immédiatement. Pour ne pas décevoir son mari, Sylvie accepte que celui-ci soit le seul décisionnaire de tout ce qui concerne leur vie commune.
Pour ne pas passer pour une petite nature, Sonia se force à courir chaque samedi avec ses collègues beaucoup plus aguerris qu’elle… et passe le dimanche au lit, percluse de courbatures. Voulant à tout prix passer pour une mère cool, Agathe supporte que ses adolescents transforment leur appartement en chantier permanent.
Et, effrayée à l’idée de ne plus faire partie de «la bande», Louise sort
tous les vendredis avec ses copines alors qu’elle ne rêve que d’un
plateau télé devant une série. Vous vous reconnaissez ? Rassurezvous,
vous n’êtes pas la seule !

Définir ses limites
Selon le dictionnaire, une limite est «une ligne qui circonscrit un espace ou sépare deux territoires contigus». En d’autres termes, c’est ce qui distingue ce qui est possible de ce qui ne l’est pas. Nous avons toutes des espaces qui nous définissent : corporels, psychologiques (son corps, sa santé), psychologiques (notre dignité, nos émotions, notre sensibilité, nos forces, nos zones de vulnérabilité, nos besoins affectifs, nos goûts…), matériels (notre lieu de vie, nos possessions, nos moyens financiers…), temporels, intellectuels, spirituels (nos opinions, nos croyances, notre expérience de vie). Mais ces espaces ne sont pas clairement délimités. Et ils peuvent même être fluctuants.
On ne va pas fixer les mêmes limites à notre enfant, à notre amoureux et à un étranger concernant notre espace vital, la bulle qui nous préserve des autres. Dans tous les domaines, il existe une zone de flou, entre le «je peux facilement» et le «je ne peux réellement pas». C’est là que se situe la possibilité de se dépasser, autrement dit d’aller plus loin qu’on ne s’en supposait capable, sans se mettre en danger.

 

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