JE SUIS GRANDE, JE SUIS FORTE, JE PEUX ME DÉBROUILLER TOUTE SEULE, JE N’AI BESOIN DE PERSONNE… COMBIEN DE FOIS NE LES AVONS-NOUS PAS PROFÉRÉES CES CERTITUDES QUI NE TIENNENT PAS TOUJOURS FACE AU RÉEL. SI NOUS N’AVONS PLUS BESOIN D’UNE TRIBU POUR NOUS PROTÉGER, POUVOIR COMPTER SUR QUELQU’UN, CONJOINT, AMI(E) OU PARTENAIRE SE RÉVÈLE SOUVENT INDISPENSABLE ET, AVOUONS-LE, FAIT BEAUCOUP DE BIEN.
Par Alexandra Fournier

 

Seule, on va plus vite, à deux on va plus loin

APRÈS DES ANNÉES DE LUTTE POUR LA LIBERTÉ ET L’INDÉPENDANCE, RECONNAÎTRE QUE L’ON A BESOIN DES AUTRES PEUT ÊTRE UN PEU DIFFICILE. POURTANT, LA DUALITÉ, PAS FORCÉMENT AMOUREUSE, EST UNE FORCE QUI PERMET DE SURMONTER BIEN DES OBSTACLES.
Par Angela Olivier

 

L’homme seul est quelque chose d’imparfait ; il faut qu’il trouve un second pour être heureux». C’est Pascal qui l’affirme, dans son discours sur les passions de l’amour. Même si l’on met la Bible de côté – Dieu aurait créé Ève pour qu’elle soit «utile» à Adam… –, on sait bien que nous ne sommes pas faits pour vivre seuls. Pas tant pour des raisons psychologiques que de physiologie.
Comme le remarquait le psychanalyste Jacques Lacan, nous sommes «des animaux à la naissance prématurée». Nous avons besoin de la protection de nos parents, principalement de notre mère, pendant de longues années, incapables de survivre par nos propres moyens. Les humains créent naturellement des familles, des tribus, des clans pour compenser leur faiblesse naturelle.Faux sentiment d’indépendance
Nous sommes pourtant nombreuses à revendiquer notre liberté, à affirmer haut et fort que nous n’avons besoin de personne, et surtout pas d’un homme. Les chiffres pourraient sembler confirmer cette tendance. Avec plus 8 millions de personnes vivant seules, le nombre de célibataires a plus que doublé en 40 ans, et 60% des solos sont des femmes. Mais ces chiffres sont trompeurs. Une forte proportion de célibataires a entre 20 et 30 ans. La conséquence de l’allongement de la durée des études, d’une entrée plus tardive dans la vie active et d’un hébergement parental qui s’éternise. Toutes des «Tanguette » ? Et surtout, plus de la moitié des personnes seules ont plus de 60 ans. Et ce sont en majorité des femmes. Le fruit d’une espérance de vie plus longue, pas franchement un choix de vie. En fait, comme l’affirme le psychanalyste et philosophe Miguel Benasayag, «Nous ne sommes que liens. Avec notre famille, nos amis, notre environnement…».Plus fort ensemble
Dans l’imaginaire collectif, les héros sont seuls. Et quand ils essaient de se regrouper, comme dans les dernières productions Marvel, les choses ne se passent pas très bien. Nietzsche, qui affirmait, méprisant, «Veux-tu avoir la vie facile ? Reste toujours près du troupeau, et oublie-toi en lui», exhortait les «esprits libres» à pratiquer «l’individualisme aristocratique». Autrement dit, à s’isoler de la communauté pour se libérer de la morale du troupeau. Mais, dans un monde toujours plus incertain, avec des relations de plus en plus complexes le choix n’est pas entre un comportement moutonnier et un hyperindividualisme.
Tout au long de notre vie, nous avons besoin de créer du lien avec nos semblables. Les études montrent que la peur de l’isolement est l’une de nos plus grandes craintes. Mais nous n’avons pas pour autant une ouverture totale au reste de l’humanité. Freud l’a très bien expliqué : «Il n’est manifestement pas facile aux humains de renoncer à satisfaire cette agressivité qui est la leur ; ils n’en retirent alors aucun bien-être. Il est toujours possible d’unir les uns aux autres par les liens de l’amour, une plus grande masse d’hommes, à la seule condition qu’il en reste d’autres en dehors d’elle pour recevoir les coups». Nous recherchons un ami, un frère, un compagnon qui nous ressemble, qui a les mêmes valeurs, les mêmes références, les mêmes goûts que nous. Et surtout sur lequel nous pouvons nous appuyer.