APRÈS AVOIR TRIOMPHÉ DANS SON PREMIER SPECTACLE OÙ ELLE RACONTAIT COMMENT ELLE AVAIT QUITTÉ LE MÉTIER D’AVOCATE POUR DEVENIR HUMORISTE, ELLE AMBITIONNE RIEN DE MOINS QUE DE REVENIR SUR 2000 ANS DE RAPPORTS ENTRE LES HOMMES ET LES FEMMES. ET ÇA DÉCOIFFE…

Propos recueillis par Christian Charreyre

C’est votre troisième spectacle. Vous souvenez-vous de vos débuts ? Naturellement. Plus que le public, sûrement, parce que très peu de gens l’ont vu, à part mes copains avocats. J’ai commencé dans une toute petite salle de 40 places à Paris, le Lieu, où on travaille «au chapeau». Pour moi, c’était un spectacle-école, c’est ce qui m’a appris la scène. Vous vous rappelez de Men in Black, avec cet extra-terrestre qui prenait possession d’un homme ? Ça m’a donné l’idée de départ, une fée qui prenait mon corps. J’entrais en scène en disant : « Ce n’est pas Caroline Vigneaux qui parle, c’est moi la fée…». J’étais complètement détachée, je pouvais porter un costume ridicule, dire n’importe quoi sans avoir à assumer. Bon, un soir, j’ai joué devant un avocat général devant lequel j’avais plaidé aux assises, pour une grosse affaire de meurtre, quelques semaines avant. Le théâtre est tellement petit que vous attendez sur le trottoir avec les gens que les spectateurs du spectacle d’avant sortent. Et là, ce monsieur arrive vers moi et me dit : «Ah, maître Vigneaux, c’est bien vrai, vous faites du spectacle maintenant».  J’avais une perruque, une baguette magique, le total look de fée…. Il a du penser : «Cette fille est totalement folle». Moi, je me suis dit : «désormais, le retour est impossible !». Je me suis vue plaider devant lui et l’entendre me dire : «Alors, Maître Vigneaux, on n’a pas sa petite baguette magique aujourd’hui ?».

Vous avez pourtant décidé de vous lancer dans le grand bain…

Au bout d’un an et demi, cette armure qui me protégeait est devenue un carcan. J’étouffais dans ce truc. Alors, j’ai écrit Caroline Vigneaux quitte la robe. Un spectacle où je parle de moi, où je me mets littéralement à poil. D’ailleurs, je suis nue sur l’affiche. C’était très compliqué pour moi, parce que je suis une fille ultra-pudique. En plus, je l’ai joué à la Comédie de Paris, qui est à côté du Moulin Rouge. Un jour, un monsieur est entré pour demander : «C’est combien, pour mater la meuf à poil ?». On a bien essayé de lui expliquer que c’était un spectacle d’humour. Il a rétorqué : «Oui, mais elle se met à poil ou pas ?» [rires].